Taux de pauvreté : pourquoi Roubaix n’est pas toujours la ville la plus pauvre de France

Le classement des villes les plus pauvres de France dépend de l’indicateur retenu, de l’année observée et du périmètre géographique. Selon les données de 2021 concernant les communes de plus de 20 000 habitants, Roubaix figure parmi les villes les plus touchées, avec un taux de pauvreté de 46 %. Elle partage toutefois ce niveau avec Saint-Benoît, à La Réunion, et d’autres communes affichent des taux supérieurs lorsqu’elles sont incluses dans le classement.
Les communes où le taux de pauvreté est le plus élevé
Le taux de pauvreté mesure la part des habitants dont le niveau de vie est inférieur au seuil retenu. Dans les données de 2021 reprises par l’Observatoire des inégalités, les communes de plus de 20 000 habitants les plus concernées se trouvent surtout à La Réunion, en Seine-Saint-Denis et dans d’anciens territoires industriels du Nord.
Niveau de vie et pauvreté par territoire en 2021 : Consultez les données officielles de l’Insee sur les revenus, le niveau de vie et la pauvreté dans les territoires français.
| Commune | Département | Taux de pauvreté | Millésime ou publication |
|---|---|---|---|
| Roubaix | Nord | 46 % | Données 2021 |
| Saint-Benoît | La Réunion | 46 % | Données 2021 |
| Saint-André | La Réunion | 44 % | Données 2021 |
| Grigny | Essonne | 44 % | Données 2021 |
| Saint-Louis | La Réunion | 43 % | Données 2021 |
| Saint-Joseph | La Réunion | 43 % | Données 2021 |
| Le Port | La Réunion | 43 % | Données 2021 |
| Aubervilliers | Seine-Saint-Denis | 42 % | Données 2021 |
| La Courneuve | Seine-Saint-Denis | 42 % | Données 2021 |
| Clichy-sous-Bois | Seine-Saint-Denis | 42 % | Données 2021 |
| Creil | Oise | 40 % | Données 2021 |
À titre de comparaison, le taux de pauvreté de la France métropolitaine atteignait 14,9 % en 2021. Roubaix appartient donc bien aux communes les plus touchées parmi les grandes villes. Elle ne peut toutefois pas être désignée sans réserve comme « la » ville la plus pauvre de France. Dans un classement élargi à d’autres communes et fondé sur une autre série, Salazie atteint 53 %, Sainte-Foy-la-Grande 51 % et Cilaos 49 %.
Pourquoi La Réunion, la Seine-Saint-Denis et le Nord ressortent autant
La concentration des taux élevés dans certains territoires n’a pas une cause unique. À La Réunion, plusieurs communes présentent des niveaux importants de pauvreté monétaire. En Seine-Saint-Denis, des villes proches de Paris réunissent souvent des revenus modestes, une population plus jeune et un accès inégal à l’emploi. Dans le Nord et les Hauts-de-France, les transformations industrielles ont durablement marqué certains bassins d’emploi.
Ces résultats ne décrivent pas uniformément un département ou une région. Une même commune peut regrouper des quartiers très différents, des zones d’activité dynamiques et des ménages aux ressources éloignées. La moyenne communale aide à localiser une difficulté, mais elle ne renseigne pas chaque rue ni chaque situation familiale.
La commune est une enveloppe statistique, pas un destin social
Un classement donne une photographie à l’échelle d’un territoire. Il ne montre pas toutes les causes ni toutes les évolutions qui expliquent le résultat. Le coût du logement, les transports, l’accès aux services publics, la monoparentalité ou la rareté des emplois stables peuvent peser sur les ressources des ménages. À l’inverse, une baisse du taux communal peut s’expliquer par l’arrivée de ménages plus aisés, sans que les difficultés des habitants les plus précaires aient disparu.
Pour interpréter une ville, il faut donc la comparer à son département, à ses quartiers et à son évolution dans le temps. Le périmètre communal compte autant que le chiffre affiché : deux territoires de taille différente ne concentrent pas les mêmes populations et ne reflètent pas nécessairement les mêmes réalités sociales.
Taux de pauvreté, niveau de vie médian et nombre de pauvres : trois lectures
Les classements changent parce qu’ils ne répondent pas à la même question. Le taux de pauvreté mesure une proportion. Le niveau de vie médian situe le revenu disponible au milieu de la distribution. Le nombre de personnes pauvres dépend, lui, de la population totale de la commune.
- Le taux de pauvreté permet de repérer les communes où la pauvreté est la plus répandue.
- Le niveau de vie médian sert à comparer le revenu typique des habitants, sans indiquer directement la part de la population située sous le seuil de pauvreté.
- Le nombre de personnes pauvres mesure le volume de population concerné et fait davantage ressortir les grandes villes.
Paris illustre cette différence. La capitale compterait environ 313 350 personnes pauvres, devant Marseille avec 201 069, Toulouse avec 92 498, Nice avec 76 710 et Lyon avec 72 270. Ce total ne signifie pas que Paris présente le taux de pauvreté le plus élevé. Sa population importante augmente mécaniquement le nombre de personnes concernées. Les 20 communes qui regroupent le plus de personnes pauvres en réunissent environ 1,4 million, soit 15 % des personnes pauvres en France.
Le niveau de vie médian dessine une autre carte. Lespinassière affiche, par exemple, un niveau de vie médian annuel de 12 420 euros, contre 25 840 euros pour la France entière dans les données reprises par MoneyVox. Cet indicateur aide à repérer les territoires où les revenus sont faibles, mais il ne doit pas être confondu avec un taux de pauvreté.
Ce que mesure réellement le seuil de pauvreté
En France, la pauvreté monétaire est généralement calculée à partir d’un seuil fixé à 60 % du niveau de vie médian. Le niveau de vie correspond au revenu disponible du ménage, après impôts directs et prestations sociales, rapporté au nombre d’unités de consommation. Cette méthode prend en compte la taille et la composition des ménages pour rendre les comparaisons plus cohérentes.
Le montant du seuil varie selon le millésime statistique. Pour 2023, il est indiqué à 1 288 euros par mois pour une personne seule et à 2 705 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. D’autres classements mentionnent 1 337 euros mensuels. Cette différence peut s’expliquer par l’année ou la série de données utilisée. Elle ne traduit pas nécessairement une contradiction entre les sources.
Les données Insee et Filosofi : indispensables, mais à lire avec méthode
Les statistiques locales reposent notamment sur les données de l’Insee et sur le dispositif Filosofi, issu du fichier localisé social et fiscal. Leur publication n’est pas instantanée et ne couvre pas toutes les communes. Environ 2 000 communes disposent d’un taux de pauvreté publié sur près de 35 000 communes. Dans les petites communes, le secret statistique, les effectifs réduits et la confidentialité peuvent limiter la diffusion des résultats.
Les taux sont aussi souvent arrondis. L’Observatoire des inégalités indique que les valeurs inférieures à 5 % peuvent être masquées au titre du secret statistique. Un écart d’un point entre deux communes ne suffit donc pas toujours à établir une différence sociale nette. Il faut vérifier le millésime, la précision de la donnée et la méthode employée avant de comparer deux rangs.
Comment consulter et comparer un classement de façon fiable
Avant de retenir un classement, vérifiez quatre éléments : l’année des données, le territoire couvert, la taille minimale des communes et l’indicateur utilisé. Une liste limitée aux villes de plus de 20 000 habitants ne peut pas être comparée directement avec une liste qui inclut des villages et des petites communes. De même, la France métropolitaine, la France entière et l’outre-mer ne correspondent pas au même périmètre.
- Privilégiez les tableaux qui indiquent clairement le millésime Insee et le seuil retenu.
- Comparez une commune avec son département. Gennevilliers affiche, par exemple, un écart de niveau de vie de -13 630 euros par rapport au département, contre -13 480 euros pour Villeneuve-la-Garenne.
- Pour les métropoles, consultez les arrondissements ou les quartiers lorsque les données existent. À Marseille, le 3e arrondissement atteint 52 % de pauvreté, contre 44 % dans le 15e.
- Distinguez les classements statistiques des notes composites qui intègrent le chômage, le RSA, les salaires, la CAF ou les entreprises. Denain, classée première par Linternaute avec 0,77 sur 20, relève de cette logique pondérée et non d’un simple taux de pauvreté.
Les tableaux de l’Observatoire des inégalités, les données de l’Insee et les comparateurs locaux permettent d’examiner une commune avec davantage de précision. Ils aident à distinguer le taux de pauvreté, le niveau de vie médian et le nombre de personnes pauvres, trois indicateurs qui ne racontent pas la même réalité.